Je pagaie. Soyez patient ...

Unalaska, îles aléoutiennes (2003) le recueil


« …Voilà, j’y suis, je pagaie aux Aléoutiennes. Enfant j’avais lu des histoires étranges, sur les loutres, et leurs étonnants chasseurs, là bas, nulle part, entre la Russie et l’Amérique. Dans
ces îles perdues entre deux mondes, paradis des oiseaux où les vents règnent et décident.
Terres de volcans, îles cernées par les courants, où les dépressions atmosphériques ont tendance à s’installer, avec au Sud, le Pacifique, océan imprévisible et redoutable. Je suis aux Aléoutiennes dans le sillage des Aléoutes, maîtres incontestés du kayak. Une loutre vient de plonger… »

Expédition réalisée en kayak, par :

Jeff Hancock

Jeff Hancock vit à Unalaska, depuis plusieurs années. Il organise des petites randonnées autour de l’île en kayak, à pied ou en VTT, pour les quelques touristes. Il lui arrive aussi de vendre le produit de sa pêche. Jeff vit à Unalaska comme il a envie de vivre. C’est lui qui nous a accueilli à notre descente d’avion, c’est lui aussi qui a réceptionné nos kayaks et notre matériel d’expédition, arrivés bien avant nous par voie maritime.

Peuple d’Inuit, les Aléoutes vivaient essentiellement tournés vers la mer, chassant en kayak, le phoque, le lion de mer ou la baleine. Ils étaient des marins d’exception, navigant d’île en île, bravant courants et vents violents. La mer ne gèle que très rarement aux Aléoutiennes, l’Aléoute, naviguait toute l’année.

La colonisation de l’archipel par les Russes bouleversa totalement la vie des habitants des Aléoutiennes. Les sujets du tsar sont amateurs de peaux de loutre, abondante dans l’archipel. Les qualités de chasseur des Aléoutes sont alors mises au service de l’occupant, de gré ou de force.

L’extermination de la loutre de mer peut commencer. Les Aléoutes sont bien souvent déportés de leur village ancestral, vers des zones de chasse jugées plus giboyeuses par les Russes.

Au 19ème siècle, quand l’Alaska est vendue par les Russes aux Américains, le nombre d’Aléoutes vivant dans l’archipel a déjà considérablement baissé, leur mode de vie traditionnel est en nette régression.

Aujourd’hui, les quelques centaines d’Aléoutes vivant dans les îles, sont Américains et tentent de retrouver les traces de leur culture ancestrale.

Le kayak aléoute, appelé Baidarka par les premiers colons russes, est une merveille d’ingéniosité. Fabriqué en bois échoué et recouvert de peau de lion de mer, il doit sa particularité à une étrave en deux parties, et à une poupe tronquée.

C’est un bateau rapide et extrêmement marin. Chaque île habitée de l’archipel avait sa propre baidarka, les différences portant essentiellement sur la forme de l’étrave. Ainsi, à Unalaska, l’étrave bifide du kayak était constituée de deux pointes, la plus basse étant totalement immergée, donnant un aspect « tendu » au bateau.

 La forme des bateaux évolue avec le temps et d’après Jeff HANCOCK ce sont les échanges entre Aléoutes des différentes îles qui permirent cette évolution.

C’est le vert qui domine en cette saison sur Unalaska. Un nuancier de verts se déclinant au moindre changement de lumière.

Les phoques sont nombreux autour d’Unalaska, vivant en colonie composée de plusieurs espèces. Ils ne sont plus chassés. Peu farouche, ils s’approchent volontiers des kayaks.

Avant chaque atterrissage, nous sommes suivis par un ou plusieurs phoques. Emergeants des algues, ils observent l’installation de ces curieux bipèdes.

Les plages exposées, ou les baies qui canalisent la houle du large, sont envahies par le bois de flottage, en quantité… Cèdre rouge ou autres essences qui alimentent des feux géants tous les soirs. Entre les troncs d’arbres échoués, on trouve d’innombrables bouées de casiers de toutes couleurs.

Nos kayaks à deux places de construction anglaise, sont des bateaux très marins et extrêmement rapides, même par mer formée. Nous les avons acheminés depuis la Bretagne, jusque Dutch Harbor.

Des oiseaux partout à terre et en mer… Les plus symboliques et les plus nombreux étant les macareux qui abondent en mer de Béring et les aigles.

Les aigles, merveilleux planeurs, sont présents jusque sur les promontoires les plus isolés du Pacifique ou alors perchent sur le toit des maisons de Dutch Harbor.

Plus petit que notre renard européen, le renard arctique a la robe qui varie du roux au noir en passant par le gris. Il est partout présent sur l’île. Il n’hésite pas à s’approcher du campement se risquant même à visiter les tentes.

Nous avons croisé des loutres tous les jours. Evoluant dans le kelp, cette algue gigantesque, avec une grâce infinie, elles se mettent en alerte dès que nos kayaks sont à vue. Les mères nagent sur le dos, leur petit collé sur le ventre. Nous les observons nager, manger, jouer entre-elles. Mi femme, mi animal, elle tient une place importante dans la mythologie aléoute.

Les Alaskans appellent les aléoutiennes « le berceau des vents ». Le vent nous a accompagné pendant tout notre voyage. Il prend toutes les formes suivant sa provenance. Il peut être

glacial s’il arrive de Bering, violent s’il souffle du cœur du Pacifique, imprévisible s’il tombe de la montagne, arrachant la mer sur son passage. Mais le vent peut aussi être doux, ou chaud, il a parfois poussé nos kayaks pour nous permettre d’aller beaucoup plus vite.

Le vent amène la pluie ou le beau temps, rend la mer belle ou mauvaise, c’est selon.
Le vent règne en maître aux Aléoutiennes.
Il commande et c’est tout.

Souvent regroupés en colonies importantes sur les rochers, les lions de mer saluent bruyamment notre passage. Les femelles une fois à l’eau, suivent volontier le sillage de nos bateaux, allant jusqu’à toucher les coques de leur museau. Les mâles, impressionnants par leur taille et leur puissance, restent à distance.

Unalga island, une petite île à moins de deux milles à l’Est d’Unalaska. Une passe à courant fort et bruyant. Derrière, un paradis de quiétude pour les animaux. Tout ici est magnifique et sauvage. Nous sommes des intrus.

Des lacs et des torrents, les îles sont un réservoir d’eau douce.

Chaque bivouac a sa particularité. La douceur de l’herbe, l’odeur du bois qui brûle, le bruit du réchaud…. Le bien-être.

Nous avons navigué sur les traces des Aléoutes, découvrant ça et là les vestiges d’anciens villages, dans ce désert humain que sont les Aléoutiennes.

Royaume du vent, domaine des aigles et des loutres, nous y avons senti un peu ce que pouvait vivre le chasseur aléoute dans cette nature fantastique :

le sentiment d’être libre.

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