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mercredi, 21 novembre 2012 14:57

Peninsule de Kenai. Alaska. Juin 2012 Spécial

Peninsule de Kenai. Alaska. Juin 2012

  Fin mai 2012, nous embarquons à Roissy pour Francfort. A francfort, vol direct jusqu'Anchorage. Location de voiture, chambre d'hôtel pour une nuit. On achète dans les supermarchés toute la nourriture, l'essence pour le réchaud, et différentes babioles pour tenir 3 semaines en autonomie. Notamment, du matériel de pêche. Le lendemain cap pour Whittier, en voiture, le point de départ de notre périple. 

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map

                                                       

     Whittier est à environ une heure de voiture d'Anchorage. Pour arriver à Whittier il faut passer sous un tunnel, creusé dans la montagne. La particularité de ce tunnel, payant, c'est qu'il n'est qu'à une seule voie! Donc une fois les voitures dans un sens, une fois les voitures dans l'autre sens, et pareil pour le train de voyageurs. C'est un moment à vivre.

anchor whit

    Nous sommes surpris, par la quantité de neige. L'hiver tarde à partir. On est dans un paysage de montagnes, en hiver. Et sous la pluie. A Whittier aussi, il pleut, pas étonnant, nous sommes déjà passés par là, il y a quelques années, il semble que la ville, comme tant d'autres villes de fond de vallée, en Alaska, capte les perturbations et se les garde.

  Notre ami Tom Pogson, a amené de Homer, par la route 3 kayaks Explorer de Nigels Dennis. Kayaks neufs et en fibre, on a de la chance. Les kayaks sont stockés dans la boutique d'Alaska seakayakers. Un loueur de kayak, lui aussi, installé depuis des années dans Prince William Sound.

Whittier et sa pluie continue, persistante. Heureusement, nous pouvons charger les kayaks à l'abri. En milieu d'après midi, cap au Sud. Salut Whittier!

Fait pas chaud, le temps est gris, humide, mais on y est. On a 17/18 jours pour arriver à Homer soit plus de 350 milles à parcourir.

parcours

    Les 2 premiers jours, notre progression est ralentie par des conditions météo, bien loin d'être favorables. Il pleut, il y a du vent et surtout, il fait froid. J'ai froid! Un froid humide, envahissant. C'est rare qu'à une latitude aussi basse, pour la région, (60.46 N) il fasse aussi froid aux derniers jours de mai, et surtout qu'il y ait autant de neige.

  On fait avec. Le deuxième soir, nous plantons les tentes, là où nous pouvons trouver, un lieu pour le bivouac, une plage pas trop humide. Seulement, il y a de la neige, pas loin de la plage, un mètre de neige, il pleut. J'ai certainement passé la nuit la plus froide de mon existence.

tentes

   Au fur et à mesure de notre progression vers le Sud, la température s'élève. On oublie assez vite les déboires des premiers jours. La rando s'installe. Lions de mer, loutres, baleines et des milliers d'oiseaux. Surtout des macareux. Il y a en Alaska, plusieurs espèces de macareux.

   Prince William Sound est un énorme abri, dans le Pacifique, c'est un peu comme le Golfe du Morbihan, mais en étant un peu plus grand que la Bretagne, toute entière. Avec en décor des montagnes, et des sommets dépassant les 4000 mètres.
Un paysage de rêves. Ici on fait dans le grandiose, et c'est tout.

  On croise plusieurs groupes de kayakistes américains, souvent en kayak 2 places. "Hi!" Ils sont super équipés. Nous n'échangeons pas, on n'en a pas vraiment envie, et eux non plus.

   Au Sud Ouest de Prince William Sound, nous devons emprunter, la route que prennent les ferrys pour sortir, du Sound. Cette route, on la connaît, puisque c'est celle que nous avions déjà prise en 2008. Sur la carte, ça semble tout petit, mais c'est une passe d'au moins 2 milles de large. Nous sommes devant Chenega, un village indien, perdu au bout du monde. Tout cela remonte à 4 ans, mais les souvenirs reviennent. On avance, vers ce qui nous semble être la passe. Traversée : environ une heure. A flanc de montagne un panneau de restriction de pêche au saumon, nous apprend que nous sommes à Whale Bay. Nous nous sommes trompés. On rage! Le temps nous est compté, et nous voilà à avoir perdu, une demi-journée. Je m'en veux, j'ai été trop léger sur ce coup là. Dans la famille blaireau... L'estime c'est bien, mais pas à travers une myriade d'îles géantes.

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    A la sortie de Prince William Sound, au passage de Cape Puget on prend du vent, avec une mer formée, il y a des milliers d'oiseaux sur les falaises, mais, fait pas bon s'arrêter, alors, on avance. Il y a quelques bateaux de touristes, qui pêchent aux flétans. Ce sont les derniers êtres humains qu'on verra avant longtemps.

    Voilà, nous sommes en mer ouverte, face au Pacifique. Tout est super. Les montagnes sont gigantesques, il y a beaucoup d'oiseaux de toutes sortes, beaucoup d'animaux en général.

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      La côte par contre est moins hospitalière, et les possibilités de bivouac se font rares.

   Un jour, sous le soleil, à l'heure de déjeuner, et après un départ très tôt en matinée, nous cherchions désespérément de l'eau, avec si possible un endroit ou débarquer. On a trouvé de l'eau à flanc de montagne, avec remplissage des gourdes sans sortir du kayak. Frédéric s'est offert une douche glacée, pour le compte. Quant à débarquer, on a trouvé un coin de morène, tard et pas longtemps, la mer montait il a fallu partir. Repartir, pour une longue, longue après-midi, sans possibilité de débarquer. C'est dans la soirée, que nous avons trouvé un bivouac de rêves. C'est dur des fois, pour des bipèdes de rester 9 heures dans un kayak.

eau

   

    Depuis notre sortie de Prince Williams Sound, nous progressons Ouest/Nord-Ouest, sachant que la ville de Seward approche. Seward est au fond d'une baie (Resurrection Bay), on sait que c'est notre point de non retour. C'est le seul point de chute avant l'arrivée à Homer, où nous pourrions être récupérés par voie terrestre, nous et les kayaks de Tom Pogson. Il y a bien Seldovia, juste avant Homer, où nous pourrions trouver un ferry pour Homer et être sur de ne pas rater l'avion. Mais c'est tellement près de Homer... Oui, car depuis quelques jours, notre préoccupation est d'arriver dans les temps à Homer. Jean-Jacques, lui, est confiant. "On va y arriver!" J'adore!

lion de mer

    Nous longeons un glacier depuis quelques temps, avec parfois des vagues de surf plus ou moins hautes, après une longue matinée de navigation, on atterrit sur une plage immense. Voir, s'il y a de l'eau. En expé, nos besoins sont simples et suffisent à notre bien être. La météo et l'état de la mer, pour pouvoir pagayer, de quoi manger, et une plage pour dormir, une plage avec de l'eau. Et c'est TOUT. Le reste n'est que du supplément apporté par la nature.

glacier

 

   Donc atterrissage sur cette plage, on a faim. Derrière un talus, il y a un énorme lac gelé, la bruine en tombant sur la glace, forme un brouillard diffus, concentré sur le lac. C'est magnifique, non, c'est magique. On vient d'arriver dans un autre monde.
On mange. Puis on s'essaye à allumer un feu, sous la bruine. Un bateau semi rigide approche, avec 4 personnes à bord. 3 débarquent sur notre plage. C'est loin, on ne voit rien, même aux jumelles. Le semi rigide attend sur l'eau. On s'affaire autour du feu, il a l'air de prendre. Et puis, les 3 personnages s'approchent. 3 filles. On n'est là, nulle part, tous les trois et 3 nanas débarquent, comme ça. Sur, on est dans un autre monde. En fait, elles sont là pour compter et ramasser les cadavres de guillemots anormalement échoués sur la plage. Nous sommes dans un parc national, et en Alaska le "wildlife" est pris très au sérieux. Nous échangeons quelques phrases et on les regarde repartir. "Hé, les mecs, on a du réver!"

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  Avec Jean-Jacques et Frédéric, on forme un trio de ouf! Nous avons des personnalités assez différentes, mais on s'entend bien, et on se connaît bien. On a déjà eu pas mal d'aventures ensemble en expé. Mais surtout, à 3 on va vite. C'est un tout petit groupe vite prêt, rapide sur l'eau. Et ça nous aide tous les jours.

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Jean-Jacques Lemoine

fred

Cette partie Est de la Péninsule de Kenai, fourmille d'îles, la côte est extrêmement découpée. C'est autant d'abris possibles.

Nous avons goûté les joies de la navigation dans le brouillard. A l'ancienne, carte et compas, puisque, j'ai eu la bonne idée de perdre mon GPS en début de voyage. Mais ça l'a fait, et Frédéric a le don de se projeter de la carte en 3D de manière instantanée.
"Bon alors, ça c'est le bout de la baie ou c'est l'île machin?" Un casse tête parfois, une nav' mode coz (ça, c'est facile à traduire, même pour les non-bretonnants).                                                                         Frédéric Ardouin

                                  

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Christian Scalbert

   Face à l'île Nuka Island, bien abrités, bivouac dans Tonsina Bay. Il y a des traces d'ours noir sur la plage. L'ours noir est très répandu dans cette partie de l'Alaska, plus que le grizzly. Et c'est tant mieux, l'ours noir est plus petit, et surtout, il est végétarien. Encore qu'il ne dédaigne pas, visiter un campement de kayakistes, si l'occasion lui est donnée.

Le lendemain, nous sortons de Tonsina Bay, pour attaquer notre virée plein Ouest. Petite vague au démarrage de plage. La houle arrive de face, tout droit du Pacifique, une houle franche et longue. Puis de plus en plus longue. On fait 3 milles comme ça, et puis la houle sympathique de tout à l'heure se transforme en houle entre coupée d'une mer croisée, beurk! J'aime pas trop ça. Vague de face, vagues sur le côté, un beau bordel, en fait. Devant nous: Gore Point . Une énorme pointe en forme de crochet. C'est encore loin, environ 4 milles. Frédéric est le premier à nous alerter sur l'immense vague qu'il vient d'apercevoir à Gore Point. Il n'a pas rêvé. Là devant nous, la grande houle du Pacifique se transforme en déferlantes épouvantables. Difficile d'estimer la hauteur du monstre, plus de 10 mètres, surement. Je n'avais jamais vu une mousse aussi monstrueuse avant ça. Bon, demi-tour! On retourne à l'abri. Début d'après midi, nous pointons une fois de plus notre nez au même endroit, mais c'est le même scénario. On attendra demain pour passer.

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   Le lendemain, on comprend pourquoi ça tapait autant la veille. Des cailloux, partout, devant Gore Point, et cette pointe fait bien 3 milles de long, et pas d'abri possible sur des milles. On a bien fait d'attendre.

Nous continuons notre route, plein Ouest. Le Sud de la Péninsule est plus doux. La température agréable, les montagnes moins hautes et les possibilités de bivouac, plus importantes. Depuis notre rencontre avec les 3 filles, nous n'avons vu personne, ni homme, ni bateau. Par contre, nous avons croisé plusieurs baleines et des hordes importantes de lions de mer.

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          On commence à être rassuré, sur nos chances d'arriver à temps à Homer.

    Notre remonté Nord/Nord. Est, se passe sans encombres. Nous passons Nadwelch un village indien, où nous avions déjà débarqué 7 ans plus tôt. C'est un village "dry". Pour lutter contre l'alcoolisme chez les Natives, la loi américaine attribue de manière arbitraire, à tel village de natives, le droit de vendre de l'alcool (wet village) et à tel autre l'interdiction de vendre de l'alcool (dry village). Par contre la loi, n'interdit pas aux citoyens américains majeures, Natives ou non, d'acheter de l'alcool. Le village de Seldovia, qui est wet, est à 6 milles au Nord de Nadwelch, à quelques minutes en bateau moteur... Ah, l'hypocrisie de certaines lois!

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     Nous poussons jusque Seldovia. Des ferrys rallient en permanence Seldovia à Homer, pour le fret ou pour balader les touristes. D'énormes pick-up qui roulent pour faire 200m, jusqu'à la supérette du village. On touche un peu à la civilisation, ça fait toujours le même effet. On s'achète deux trois trucs, pour améliorer les 2 bivouacs qu'ils nous restent à faire, et on dégage, ouf!

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    Notre dernier bivouac, on le fera à vue de Homer, sur un coin de plage, où se déverse un torrent. Il fait chaud. Il y a des cabanes de pêcheurs un peu partout, des traces de quad sur la plage, pas de doute, on approche de la ville. Frédéric s'allume un feu gigantesque, pour lui tout seul, un feu de camp de malade, pour bien célébrer notre dernière nuit dehors. Ce type est un malade! Mais c'est mon copain. Je pense que nous sommes 3 malades de toute façon!

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    Le lendemain, fin de matinée, nous arrivons à Homer, au bout du spit. Le spit est une longue bande de terre qui s'avance dans l'océan sur environ 4 milles. Une route à 2 voies et tout le long: des boutiques de souvenirs ou d'art native, de campings, de restaurants, de tour opérateurs. Homer est le premier centre aux USA pour la pêche au flétan (la pêche touristique) et il y a plein de monde.

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    A l'accueil de l'hôtel, situé au bout du spit, on nous propose de louer pour une nuit une maison, ça revient moins cher que 3 chambres. Total, en fin de journée, Jean-Jacques, Frédéric et moi, nous retrouvons avec un gros pick-up de location et une maison de vacances les pieds dans l'eau du Pacifique. Avec la télé, 3 chambres, 3 salles de bain, grande cuisine, salon et une fausse cheminée qui marche à l'électricité, quand la veille Fred se faisait un feu d'enfer sur la plage. American life!

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   Nous avons passé la soirée avec Tom Pogson, pour parler de notre expé, de ses projets, des ours.
Le lendemain, nous prenions la route à bord de notre pick-up de location. Homer/ Anchorage. 400km à travers la montagne sur une route coupant des rivières géantes (la rivière de Kenai, par exemple) riches en saumon.

Avec mes potes, on est content! On l'a fait

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 Texte: Christian Scalbert.  Photos Jean-Jacques Lemoine.

Voir en page Gallerie, les photos de Jean-Jacques Lemoine. Click ici.